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Cette plante est aussi appelé "coucou". Venez la découvrir ici...

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La Renouée du Japon

La Renouée du Japon, Polygonum cuspidatum (ou encore Fallopia japonica)

Voici une plante que vous avez forcément déjà croisée. Il faut dire, ces derniers temps, on la rencontre à tout bout de champ, ou plutôt, à tout bout de berge. Classée parmi les 100 pires espèces invasives de notre époque, on lui fait généralement une bien mauvaise réputation. Dressons donc le portrait de cette « canne de tigre » (en chinois), aussi appelé « ôte-douleur », en regardant plus loin que le bout de notre nez.

© P. Lagrave

Renouée du Japon
Photo © P.Lagrave / Corif

Venue de loin, on la trouvait au moyen-âge en Corée, en Chine, et au Japon. Elle y pousse dans des sols volcaniques, très acides. Elle a été ramenée en Europe et aux États-Unis comme plante décorative, et pour stabiliser les accotements. Ses feuilles en forme de cœur et ses petites fleurs blanches lui donnent un certain charme. On lui prête de nombreuses vertus.

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Photo © commons.wikimedia.org

Elle est comestible, mais attention à ne pas en abuser. Elle contient de grande quantité d'acide oxalique, déconseillé par exemple en cas d'arthrite ou de rhumatisme. Au goût de rhubarbe, elle est récoltée lorsqu'elle est jeune, au moment où elle sort de terre, avant que la tige et les feuilles ne se séparent. Elle peut être mangée crue, mais généralement elle est cuite puis laissée dans l’eau froide, jusqu'à une demi-journée. On en fait aussi de la confiture.

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tartare de poissons à la renouée du Japon
Photo © http://sauvagement-bon.blogspot.fr/

Elle fait aussi partie de la pharmacopée chinoise pour de nombreux usages. Malaxée sur des blessures, elle calme la douleur et stoppe les saignements. Récemment, des extraits de ses racines sont utilisés dans la fabrication de compléments alimentaires. Plusieurs milliers de tonnes de racine sont ainsi traités en Chine pour cette industrie.

Les abeilles en tirent aussi un « miel de bambou » en fin de saison, apprécié des apiculteurs.

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miel de bambou en bas à gauche
Photo © ebeehoney.com

Quoi ? C’est bien de la Renouée du Japon dont on parle là ? Mais oui, vous avez bien lu. La Renouée est bien une plante très utile, intéressante pour de nombreux aspects. Mais alors, d’où lui vient donc sa mauvaise réputation ? Y-aurait-il anguille sous roche ? Que lui reproche-t-on exactement ?

C’est que la plante est aussi championne en termes de densité : son système racinaire particulièrement efficace peut s’enfoncer 3 mètres en profondeur et s’étendre horizontalement sans laisser d’espace pour d’autres plantes. Elle pousse en massif très dense laissant très peu de lumière filtrer, et ses feuilles se décomposent lentement une fois tombées au sol. Par-dessus le marché, elle pousse vite et haut, jusqu’à 50cm par semaine.

© Corif

Photo © Corif

Tout cela ne laisse que très peu de place aux autres espèces végétales, qui disparaissent complètement des massifs qu’elle forme. On se croirait au milieu d’une parcelle en agriculture intensive… Si quelques insectes profitent de son nectar, sa présence est globalement désastreuse pour la biodiversité. Les massifs de renouée peuvent être jusqu’à 10 fois moins riches en espèces que les terrains voisins.

Depuis le milieu du XXe siècle, elle s’est propagée à une vitesse fulgurante le long des routes, des rails, des rivières et des fleuves, dans les zones humides et les terrains remaniés. Partout où l’urbanisation a laissé des sols abîmés, la Renouée du Japon s’est installée. Les engins mécaniques œuvrant dans ces lieux contribuent grandement à sa dispersion.

Elle a aussi envahi de nombreuses îles, causant la disparition de moult espèces endémiques.

Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’une fourmi, Lasius negelctus, envahissante et parfois invasive, utilise la Renouée pour se nourrir et se propager. Là où elle se trouve, elle élimine les fourmis locales et autres arthropodes… mais pas les pucerons !

© C. Lebas

Lasius neglectus élevant des pucerons
Photo © C. Lebas

Voilà un discours plus habituel. Une fois arrivé là, on la trouve forcément un peu moins sympathique. Et ce n’est pas fini. Rappelez-vous, on parle d’une plante habituée à pousser dans des milieux extrêmes. Elle résiste aux grands froids (-30° et moins), et au sel du bord de mer. Si vous attendiez un bon gros hiver pour la voir mourir, c’est râpé. De plus elle repousse très facilement si on l’arrache. Pour en rajouter, elle se bouture extrêmement bien, beaucoup trop, même. Que ce soit la tige mais plus encore les fragments de racine, quelques centimètre-cube suffisent à la faire redémarrer… Dire de cette plante qu’elle est « vivace » est un faible mot. Au grand dam de tous les amoureux des cours d’eau, elle est quasiment indestructible. Elle est même capable de pousser à travers le bitume.

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Renouée du Japon perçant le macadam
Photo © commons.wikimedia.org

Et pourtant, l’hiver venu, la partie aérienne de la plante se dessèche complètement et meure sur pied. Elle laisse alors le sol vulnérable à l’érosion et aux inondations, pouvant provoquer des dommages aux constructions proches. L’eau disperse alors des fragments de racine, et vous imaginez bien le résultat.

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Yenne : Lône envahie par les renouées du Japon
Photo © commons.wikimedia.org

Mais pourquoi alors ne pas faire contre mauvaise fortune bon cœur. Quitte à l’avoir partout, pourquoi ne pas en profiter ? Si elle pousse si bien et qu’elle est si utile, pourquoi, après tout, ne pas la récolter ?

L’affaire se corse encore ici. Dans nos régions, elle pousse surtout sur des sols pollués par les métaux, notamment l’aluminium. Sa consommation pourrait donc entraîner des intoxications.

Tiens donc. Qu’est-ce donc qui lui plairait tant qu’elle pousse mieux dans les sols pollués ??? Dans les coulés de laves récentes où elle se développe normalement, on trouve aussi de fortes quantités d’éléments-traces métalliques. En fait, la pollution aux métaux et l’acidification des sols lui font retrouver son « chez elle ». Serions-nous à l’origine d’un « volcan » ?!?

Aujourd’hui, l’arrachage et la lutte contre le développement de la Renouée, la réparation des dégâts qu’elle peut causer coûtent des millions d’euros aux collectivités, avec des méthodes parfois pire que le mal (herbicide, décapage du sol, etc.). Sa présence est un indicateur d’une dégradation de plus en plus importante de notre environnement. La Renouée devrait nous faire prendre conscience du vrai problème de pollution de nos pays. Sachons donc faire plus attention au tri des déchets, et en particulier, au recyclage de l’aluminium.