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Le Philanthe apivore

Le Philanthe apivore, Philanthus triangulum. Ordre des hyménoptères, famille des philanthidés

L’insecte

Le qualificatif apivore (mangeur d’abeilles) évoquera chez les ornithologues le beau rapace qu’est la Bondrée apivore (qui ne dédaigne pas les nids de guêpes).

Pourtant, c’est bien d’un insecte dont il est question, plus particulièrement d’un hyménoptère, une guêpe fouisseuse à l’allure de guêpe classique dont il arbore la robe noire et jaune. Toutefois, il se différencie des guêpes commune et germanique (Vespula vulgaris et Vespula germanica) notamment par ses longues ailes repliées dans l’alignement de l’abdomen au repos, sa tête très large ainsi qu’à ses épaisses et courtes antennes. La taille de la femelle est de 12 à 16 mm de long, le mâle est nettement plus petit (8 à 10 mm). Les pattes de la femelle possèdent de fortes épines qui lui permettent de creuser le sol. Un autre détail caractéristique est le motif jaune pâle qui encadre le clypéus (écaille au-dessus des mandibules).

© J. PASCO

Photo © J. Pasco / Corif

© P. DAVID

Philanthe butinant sur la menthe
Photo © P. David / Corif

© P. DAVID

Philanthe butinant sur la menthe
Photo © P. David / Corif

Cette espèce est présente en Europe, jusqu’en Sibérie, toutefois elle a longtemps été menacée en Grande-Bretagne et probablement en de nombreux autres lieux. Elle est en effet fortement dépendante de certains habitats.

L’adulte se nourrit surtout dans les fleurs, de nectar (riche en sucres) mais aussi probablement de pollen (riche en protéines). D’ailleurs Philanthus évoque l’amateur de fleurs. Il vole de juin à septembre, passe l’hiver sous forme de larve entourée d’un cocon avant une nymphose au printemps (à la différence des guêpes Vespula et frelons Vespa dont les fondatrices adultes fécondées passent l’hiver dans un abri). Les étés chauds, deux générations peuvent se succéder (auquel cas la phase cocon est très courte, alors qu’elle dure habituellement 10 à 11 mois).

Il s’agit d’une guêpe solitaire, et si certains parlent de colonies de Philanthes, il s’agit plutôt de rassemblements sans liens sociaux entre les différents couples, au contraire des guêpes sociales (pour lesquelles existe une caste d’ouvrières). Ce phénomène s’explique par une certaine fidélité au lieu de naissance.

Drame dans un massif de menthe

Par une belle journée de milieu d’été, un Philanthe est posé sur de la menthe. Rien d’étonnant que les fleurs soient l’objet d’un ballet incessant d’insectes à la recherche de nectar en cette saison où les grandes miellées d’arbres sont terminées.

Une abeille domestique (Apis mellifera) ne semble pas remarquer le Philanthe et se pose sur une fleur proche. Soudain, le Philanthe se jette sur la butineuse et la bascule sur le dos. L’observateur qui n’avait pas reconnu le Philanthe ne pourra réaliser l’enchaînement des événements qu’en regardant les photos qu’il a eu le temps de prendre.

Tout d’abord, une fois l’abeille maîtrisée et posée sur le dos, le Philanthe recourbe son abdomen pour piquer son dard entre les premiers segments. La littérature explique que le venin n’est pas mortel pour la proie, mais la paralyse. L’abeille ouvrière est également pourvue d’un dard venimeux, mais n’a aucune chance de piquer son agresseur.

Ensuite, le Philanthe enserre sa proie entre ses pattes et s’envole chargé de son lourd fardeau (environ 0,1 g).

Pourtant, une étape importante est à noter, visible sur les photos, mais interprétée grâce à la littérature : après avoir paralysé l’abeille, le Philanthe approche ses mandibules de ceux de l’abeille. En fait il comprime le jabot de l’abeille pour en faire ressortir le nectar collecté, afin de s’en nourrir.

© P. DAVID

Début de l’attaque, l’abeille tente en vain de piquer son agresseur.
Photo © P. David / Corif

© P. DAVID

Le Philanthe pique sous la tête et lèche les mandibules de l’abeille.
Photo © P. David / Corif

© P. DAVID

L’abeille est calée entre les pattes pour le transport.
Photo © P. David / Corif

Une galerie dans le sable

Certains demanderont à juste titre pourquoi un insecte butineur emporterait ainsi une abeille.

La réponse se trouve à quelques mètres de là. Un adulte s’affaire à dégager puis refermer l’entrée d’une galerie dans un terrain de terre meuble. C’est dans ce tunnel que seront entassées plusieurs abeilles paralysées qui serviront de festin aux larves de Philanthe (2 à 3 abeilles par larve, plus pour les femelles que pour les mâles ; on notera que la femelle fécondée décide pour chaque œuf s’il doit être ou non fécondé, conduisant ainsi à une femelle diploïde ou à un mâle haploïde). Beaucoup de ces galeries contiennent moins de 4 abeilles, mais peuvent atteindre 20 abeilles réparties dans une dizaine de cellules. La longueur de cette galerie varie de 30 cm à 1 m. Le choix de l’emplacement de cette galerie répond à de nombreux critères, notamment l’ensoleillement, l’humidité, la qualité du terrain ainsi que la densité de végétation.

© J. PASCO

Un Philanthe se dirige vers sa galerie, quatre entrées sont visibles.
Photo © J. Pasco / Corif

© J. PASCO

Photo © J. Pasco / Corif

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Photo © J. Pasco / Corif

© J. PASCO

Arrivée en vol à la galerie
Photo © J. Pasco / Corif

Un problème pour les apiculteurs ?

En remarquant la forte spécificité de cette guêpe (la quasi-totalité des proies sont des abeilles domestiques), une inquiétude pourrait se manifester chez les apiculteurs.

En pratique, l’espèce est si peu présente en France qu’elle n’apparaît pas dans la plupart des listes de prédateurs de l’abeille domestique (au contraire du récent Frelon asiatique), et même en Allemagne où l’espèce peut être localement abondante, un des meilleurs conseils pour lutter contre le Philanthe est de semer des fleurs dans les terrains où il creuse habituellement ses galeries, preuve de la fragilité de l’espèce.

Il est toutefois à noter que certaines femelles creuseraient deux galeries. Et selon certains auteurs, des Philanthes tueraient des abeilles seulement pour consommer le contenu de leur jabot.

Prédateurs

Nous ne détaillerons pas les vertébrés, en particulier les oiseaux, qui s’attaquent aux adultes.

Comme la plupart des insectes butineurs, le Philanthe peut servir de proie aux araignées-crabes (Thomises) qui guettent posées dans les fleurs (dont elles adoptent la couleur par mimétisme).

Plus original, un petit hyménoptère aux couleurs métalliques (vert et rouge) parasite le Philanthe : Hedychrum rutilans (du groupe des guêpes-coucou) pond dans les galeries larvaires de Philanthe, et une fois la larve de Philanthe bien développée (grâce aux abeilles accumulées), c’est au tour de cette larve de se faire dévorer.

Un autre danger pour les larves de Philanthe est une mouche Tachinide, qui pond ses œufs dans la galerie du couvain. La larve de la mouche ne s’attaque pas à celles du Philanthe, mais dévore les réserves de nourritures (abeilles domestiques) avant le développement de celle du Philanthe.

Espèces semblables

Il y a notamment d’autres guêpes fouisseuses, en particulier les Cerceris (qui ont fait l’objet d’une espèce du mois, caractérisées par le resserrement de leur abdomen), mais aussi le Philanthe couronné (Philanthus coronatus, plus grand et plutôt méditerranéen). Ce Philante et certains Cerceris s’attaquent à des abeilles, mais spécifiquement des espèces solitaires.

Un hyménoptère fort ressemblant (mais aux yeux verts) est le Bembex (Bembix rostrata). Il existe même une abeille-coucou (Sphécode) assez ressemblante.

Noms

Un ancien nom latin était Philanthus apivorus, d’où le nom vernaculaire français.

En Angleterre, son nom est « European beewolf », tandis qu’en Allemagne c’est « Europäischer Bienenwolf » (loup des abeilles, comme en anglais) ou « Bienenraüber » (voleur des abeilles), noms vernaculaires partagés avec d’autres insectes (dont le coléoptère Trichodes apiarius [Clairon des abeilles] et les Cerceris).

Particularités

Des études allemandes ont démontré que la femelle Philanthe ensemence les nids avec des bactéries (Streptomyces) produisant des antibiotiques servant à protéger les larves contre les attaques de champignons. Cela est réalisé grâce à des sécrétions blanchâtres de glandes situées dans les antennes.

Le fait que la proie soit seulement paralysée prolonge sa durée de conservation pour les larves, et la femelle Philanthe dépose abondamment sur chaque abeille une autre sécrétion qui favorise également cette conservation.


Littérature :

BELLMANN H.,  Guide des abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe , Delachaux et Niestlé, 1999 (pp 173-177)

ROBERT Paul-André,  Les Insectes , Delachaux et Niestlé, 2001 (p 331)

OLBERG Günter, Bienenfeind Philanthus (Bienenwolf) Die Neue Brehm-Bücherei, Cahier 94, 1953 (réimpression 2006)

ZAHRADNIK, Jiri,  Guide des abeilles, guêpes et fourmis, les hyménoptères d’Europe , Hatier, 1991 (p152)

La Hulotte  Mouches à miel , numéro spécial 28-29

Internet :

Grabwespen kultivieren Bakterien und profitieren von deren antibiotischen Wirkstoffen http://www.organische-chemie.ch/chemie/2010/feb/bienenwolf.shtm

Biology of the European beewolf (Philanthus triangulum, Hymenoptera, Crabronidae) http://www.biozentrum.uni-wuerzburg.de/beewolfbiology.html

Le forum de www.insecte.org, en particulier le fil : [Philanthus triangulum - nid] Un paradis de sable pour ... http://www.insecte.org/forum/viewtopic.php?t=4116

Et pour les amateurs de Jean-Henri Fabre : http://www.intratext.com/IXT/FRA1599/_PB.HTM