Haut de page

Photothèque
Sonothèque
Bibliothèque
Saisir vos observations
L'espèce du mois

La Linotte mélodieuse

Elle est très remuante. Allons voir si elle n'en fait qu'à sa tête...

Espèce du mois
Lire la suite...
Photothèque Sonothèque Bibliothèque Saisir vos observations L'espèce du mois
L'espèce du mois

L'Hirondelle rustique

Hirondelle rustique, Hirundo rustica. Famille des Hirundinidae.

Hirondelle rustique

En haut : l'Hirondelle rustique, en bas : l'Hirondelle de fenêtre
Photo © Jean-Pierre Lair / Corif

 

Des hirondelles et des martinets, comment s'y retrouver ?

Les hirondelles font partie des oiseaux les plus connus des citadins. Dès les premiers beaux jours, nous pouvons les voir voler au-dessus de nous, à la recherche des insectes dont elles se nourrissent, ou faire des allées et venues dans les quartiers de la ville afin de trouver le meilleur emplacement pour leur nid. Certains jureraient même les voir voler à toute vitesse, en criant, autour des bâtiments les plus hauts.

En y regardant de plus près, on distingue plusieurs espèces, qui se partagent notre commune en bonne intelligence. Tout de noir vêtu (en dehors de la gorge, blanchâtre), le Martinet noir a investi les hauteurs. Cet adepte des falaises a su s'acclimater à nos villes, où les grands monuments lui rappellent son habitat d'origine.

L'Hirondelle de fenêtre est beaucoup plus petite. Le dos et les ailes noir bleuté, le dessous entièrement blanc (du bec à la queue), elle s'identifie à la "fenêtre" blanche qu'elle porte sur le croupion (le bas du dos).
A la campagne, c'est sa cousine, l'Hirondelle rustique, que l'on rencontre le plus fréquemment. De taille intermédiaire, elle arbore, elle aussi, un dessus noir à reflets bleus, mais, si son ventre est aussi blanc que celui de l'Hirondelle de fenêtre, elle porte, quant à elle, un collier bleu-noir sur la poitrine, tandis que sa gorge et son front sont rouge brique.

Mâles ou femelles ? Allons voir la queue !

Lorsque les Hirondelles rustiques sont posées sur un fil électrique, il faut se munir de son double décimètre pour connaître leur sexe... Si la plume la plus externe de la queue mesure moins de 28 mm, c'est une femelle, si, en revanche, il fait plus de 35 mm, il s'agit d'un mâle. Entre les deux, même les spécialistes les plus chevronnés y perdent leur latin !

La Hulotte

© Pierre Déom - La Hulotte (www.lahulotte.fr)

Un oiseau pressé ?

Hirondelle rustique

Photo © Jacques Coatmeur / Corif

 

Lorsqu'on entre, en été, dans la cour d'une ferme dans laquelle nichent les Hirondelles rustiques, on ne peut s'empêcher de remarquer les oiseaux qui passent rapidement au-dessus de notre tête, en lançant de petits cris brefs : "vite-vite".
Il s'agit, à n'en pas douter, de parents pressés, le bec chargé d'insectes destinés à rassasier de jeunes impatients encore au nid. Son chant est plus mélodieux. Il s'agit d'une succession de gazouillis, entrecoupés de trilles et de sifflements.

Ecoutez divers cris, puis une brève séance de chant.

Hirondelles rustiques et chevaux : deux colocataires !

Si la présence du Martinet noir et de l'Hirondelle de fenêtre dans notre commune n'est guère surprenante, puisqu'ils construisent leur nid en ville, il en va tout autrement de l'Hirondelle rustique. En réalité sa cohabitation avec l'homme remonte à la préhistoire. En ces temps reculés, l'oiseau s'était installé dans les grottes, où il fut bientôt rejoint par l'Homo sapiens, lui aussi en quête d'un abri. Il s'ensuivit une accoutumance de bon voisinage.

Plus tard, lorsque les hommes sortirent des grottes pour se construire leurs propres habitations, les hirondelles les suivirent et profitèrent de ces nouveaux emplacements favorables à leur nidification. On les trouvait alors dans les conduits des grandes cheminées (ce qui leur a valu leur ancien nom d'Hirondelle de cheminée), ainsi que dans les étables et les écuries.

En effet, en s'installant près du bétail (vaches ou chevaux), les hirondelles bénéficiaient d'emplacements sécurisés, la présence des hommes éloignant les prédateurs. La proximité avec les animaux leur procurait aussi toute la chaleur requise en début de saison, ainsi que de nombreux insectes, au travers du fumier et de la litière. Mieux encore, elles surent tirer partie des matériaux qui leur étaient offerts pour leur reproduction. Leur nid est en effet composé à la fois de boue et d'herbes sèches, mais aussi de crins de cheval.

Hirondelle rustique

Photo © Patrick Dubois / Corif

 

Grandeur et décadence

Cette adaptabilité de l'Hirondelle rustique lui a permis de coloniser le pays rapidement. Tout d'abord dans les campagnes où les bêtes de traits étaient nombreuses, mais aussi dans les villes, au fur et à mesure de l'expansion des voitures hippomobiles et du crottin abandonné sur la chaussée après leur passage.

Ainsi, Paris même était communément peuplée par les Hirondelles rustiques.
Elles nichaient, par exemple, dans le quartier du marché aux chevaux, rue Vaugirard (13e arrondissement), jusque vers 1937 et rue Copernic (16e arrondissement) avant 1939, lorsqu'il y avait encore des étables et des écuries.

Néanmoins, cette étroite relation n'est pas sans risque et, lorsqu'une ferme dans laquelle nichent des Hirondelles rustiques vient à être abandonnée, les oiseaux ne tardent pas à s'en aller. C'est souvent le cas dans les villages, où les fermes sont habituellement transformées en résidences secondaires et, dans nos villes, où les véhicules automobiles ont peu à peu remplacé les voitures hippomobiles.

Par ailleurs, l'espèce est particulièrement vulnérable aux insecticides et autres produits chimiques qui sont utilisés dans les exploitations modernes pour assainir les étables. De ce fait, si l'espèce se maintient encore, tant bien que mal, dans les campagnes, elle a progressivement disparu de nos cités.

Un déclin général

En Europe, plus de la moitié de la population a vu ses effectifs subir une perte estimée entre 20 % et 50 % du nombre de nicheurs, entre 1970 et 1990. Son statut s'est un peu amélioré dans certains pays, durant la période 1990-2000, mais cela n'a pas suffit à lui faire retrouver sa population initiale.

Effectifs

Carte d'abondance relative
(interpolation des données STOC-EPS 2002)
Source M.N.H.N. - C.R.B.P.O.

 

Il en a été de même en France. Après un pic d'abondance à la fin du 19e siècle, le nombre d'Hirondelles rustiques n'a cessé de chuter. Le phénomène s'est accru, depuis les années 1960, dans les régions où les pratiques agricoles se sont intensifiées, l'élevage bovin étant peu à peu remplacé par les cultures céréalières.

Ce déclin est confirmé par le suivi réalisé par le Muséum National d'Histoire Naturelle dans le cadre du Programme de Suivi Temporel des Oiseaux Commun (STOC) durant les années 1989 à 2003.
Il est évalué à - 30 %.
La carte d'abondance publiée par cet organisme montre aussi que l'Ile-de-France se situe parmi les régions les moins fréquentées. En effet, si sa répartition et sa fécondité y demeurent stables, ses effectifs paraissent y décliner aussi, notamment en Seine-et-Marne.

J'ai deux amours...

Alors que Paris n'avait plus connu de reproduction depuis plus d'un demi-siècle, l'Hirondelle rustique tend depuis peu à revenir nicher dans notre capitale, renouant ainsi avec ses anciennes amours.
Un couple a, par exemple, été découvert, en 1994, au cimetière du Montparnasse.
Depuis cette date, l'Atlas des oiseaux nicheurs de Paris, actuellement en cours, montre qu'elle est provisoirement considérée comme nicheuse possible, probable ou certaine dans 6 carrés, sur environ 80.

 

Remerciements
Nous tenons à remercier toutes les personnes qui nous ont aidé dans la rédaction de cet article, et notamment Guilhem Lesaffre, pour ses précieuses informations la Hulotte, qui nous a autorisé à utiliser le dessin qui illustre la différence entre les sexes et Fernand Deroussen qui nous a aimablement prêté le son qui accompagne ce document.

Pour en savoir plus...
DEOM P. (1987) - La Hulotte n° 58, 44 p.
DEOM P. (1988) - La Hulotte n° 60, 40 p.
DEOM P. (1989) - La Hulotte n° 62, 40 p.
DEOM P. (1990) - La Hulotte n° 64, 44 p.
DEOM P. (1992) - La Hulotte n° 67, 40 p.
DEOM P. (1994) - La Hulotte n° 70, 52 p.
Fédération des Clubs CPN (2001) - Aidons les martinets et les hirondelles. La gazette des terriers n° 7, 52 p.
GEROUDET P. (1998) - Les passereaux, tome 1 : des coucous aux merles. Delachaux et Niestlé. 408 p.
SERIOT J. et ALVES D. (2002) - Les hirondelles (les ailes du printemps). Delachaux et Niestlé. 192 p.

 

Hirondelle

L'Hirondelle rustique vous salut bien !
Photo © Jean-Pierre Lair / Corif