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Elle est très remuante. Allons voir si elle n'en fait qu'à sa tête...

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Le Cincle plongeur

Un dodu Champion du combiné canyoning/apnée, qui n'a pas froid aux yeux, ni au bec !

Cincle Plongeur, cinclus cinclus, famille des cinclidae

© Corif

Photo © JJ. Boujot / Corif

« Le ruisseau déblaie terre et pierres
formant sempiternellement
des coins, des creux, des caches,
moult lieux ou se nicher.

Des écrevisses et escargots,
insectes verts et costumés...
Des merles d'eau vivent, vivent et
découvrent, se sentent
bien au fond de l'eau

à l'ombre et dans les méandres,
dans les coins d'air au-dessus du courant.
Pâtures et aulnes, profondément enracinés
le long des champs de lumière
l'accompagnent, on les entend. »

Walter Helmut Fritz

Source : http://www.oeuvresouvertes.net/autres_espaces/cincle.htm

 

En flânant le long de fraîches petites rivières, peut-être aurez-vous l'occasion, comme ce poète allemand, de croiser une petite flèche brune rasant les eaux, à la manière du martin pêcheur : c'est le discret cincle plongeur...

Arrêtez-vous et prenez le temps, car notre camarade à plumes est peu commun, remuant, mais pas forcément des plus farouche. Observations spectaculaires en perspective.....

Ça swing !

Quand il décide de se poser sur une des nombreuses roches qui jalonnent le cours d'eau, c'est pour vous faire apprécier son irrésistible petit pas de danse ; Cette oiseau à le rythme dans la peau, assurément !

D'un petit mouvement simultané de flexion et d'extension, comme monté sur un ressort et aussi réglé qu'un métronome, l'oiseau ne se prendrait-il pas pour Elvis ?

C'est d’ailleurs ce qui lui a valu le nom latin de cinclus, lui-même directement issu du grec kigklizô, que l'on traduirait par « qui remue sans cesse la queue » ; et croyez-moi, il n'a rien à envier à notre « hoche-queue » national, la bergeronnette !

Probablement tombés sous son irrésistible charisme de rockeur, les norvégiens en ont même fait leur oiseau national.

Mais trêve de « dancefloor » ! Car notre mystérieux oiseau n'est pas au bord de l'eau pour faire le fanfaron ; il n'a pas fini de nous épater par ses extraordinaires talents cachés...

« The dipper »

Littéralement « le plongeur » ; Voilà qui mettent Anglais et Français d'accord quant à sa nomination ;

Car cette oiseau aux allures pataudes, se révèle être un sportif de haut niveau ; et son domaine de prédilection est l'eau, vous l'aurez bien compris.

Malgré une physionomie s'apparentant plus à celle du merle que du cormoran, le cincle plongeur possède des caractéristiques morphologiques étonnantes, faisant de lui un redoutable prédateur aquatique !

© Corif

Photo © wikimedia commons

Tout d'abord son plumage : de sa robe noisette à marron et de son blanc plastron, il sait se rendre invisible le long des berges ou se mêlent écumes, pierres et limons ;

Puis d'un magistrale « plouf » au beau milieu du courant, tantôt il nage entre deux eaux à la manière du fou de Bassan, tantôt marche-t-il sur le lit de la rivière, et très adroitement retourne un à un les petits galets et cailloux, d’où il y délogera quelques mollusques, vers, plécoptères, tricoptères, éphémèroptères et autres insectes aquatiques encore à l'état larvaire ;

Le cincle possède la même capacité que bon nombre d'oiseaux aquatiques : il peut graisser son plumage à des fins de totale imperméabilité, grâce à une petite glande située non loin du croupion, sur laquelle il va frotter son bec pour s'en badigeonner tout le corps ;

Une membrane, dite nictitante, protège ses yeux du contact de l’eau et lui profère une excellente vision sub-aquatique; un véritable petit masque de plongée maison !

Lorsqu'il pénètre dans le monde aqueux, de petits clapets obturent instantanément ses narines pour que l'eau ne tente d'y pénétrer ; encore mieux qu'un pince-nez !

Enfin, notre oiseau est un véritable apnéiste professionnel : le cincle peut aisément atteindre la minute d'apnée lorsqu'il part à la recherche de nourriture, malgré ses petits poumons et la dépense énergétique violente que provoque la lutte contre des courants parfois intenses (torrents de montagne) ;

Comme un poisson dans l'eau dit-on ?

Comme un air de troglodyte ?

C'est vrai qu'il lui ressemble, en version XL, avec sa queue courte parfois dressée, et son ventre rondouillard ; Mais c'est surtout de par la forme globale de son nid qu'il fait cause commune avec le lilliputien ;

En effet le cincle plongeur construit une énorme boule de mousse fraîchement coupée, à l'intérieur de laquelle il va concevoir une seconde structure de brindilles entremêlées, qui s’apparenterait plus à l'ossature d'un nid de merle.

© Corif

Nid de Cincle plongeur
Photo © wikimedia commons

Quand on vit au bord de l'eau, mieux vaut se protéger correctement du froid et de l'humidité ambiante...

C'est dans une anfractuosité rocheuse ou derrière une cascade que le cincle aménage en théorie son petit palace ; mais, les temps changeant, pourquoi se refuser le luxe d'une confortable assise abritée d'un pilier de pont ?

Le cincle, loin d'être frileux, peut commencer très tôt à nicher, puisque c'est dès la fin de l'hiver que les larves aquatiques sont les plus dodues ! Une aubaine pour la future portée de quatre à six jeunes cincles ;

© Corif

Juvénile
Photo © M. Sitterlin / Corif

Même s'il n'est pas considéré comme nidifuge, le jeune cincle peut être amené à quitter le nid sans avoir complètement acquis le vol ; qu'à cela ne tienne, il est déjà très à l'aise dans les eaux tumultueuses et passe d'une rive à l'autre sans grande difficulté !

Un petit nouveau dans la région !

Encore inconnu comme oiseau nicheur sur l’Ile-de-France, « c’est sur le site Natura 2000 de la rivière du Petit Morin, l’une des rivières les plus riches de la région en termes de biodiversité et de naturalité, que fut effectuée la dernière découverte. Klaire Houeix, directrice de la Fédération de pêche de Seine-et-Marne, structure animatrice du site Natura 2000, observe l’espèce à plusieurs reprises en 2013 lors d’une descente en canoë sur la rivière. En 2014, Julien Bottinelli se met à la recherche du nid, et le découvre en amont d’un petit barrage. La première nidification, en avril, échoue, mais en juillet, un jeune est observé en train de se nourrir à quelques mètres du nid.» (source : http://www.natureparif.fr/agir/evenements-a-la-une/actualites/1409-trois-nouvelles-especes-d-oiseaux-nicheurs-en-ile-de-france-en-2014).

Nous lui souhaitons donc la bienvenue, et espérons qu’il trouve des conditions de plus en plus favorables à la dispersion et la pérennisation de son espèce au sein de ce territoire à nouveau conquis... Puisque jadis devait-il déjà réjouir les naturalistes de sa fraîche, humide et tonitruante vie quotidienne.